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12.11.2007
Réponses aux questions de la section de Bruxelles sur l´immigration, les retraites, l´école, la fiscalité, l´Europe, les francais de l´étranger, la politique internationale, la francophonie
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Bonsoir,
Je ne pourrai pas être parmi vous ce 19 novembre, et je vous remercie de nous donner l´occasion de nous exprimer dans le cadre de votre débat. Voici donc quelques réponses à vos questions.
La nouvelle législation sur l´immigration
Le durcissement des lois sur l´immigration et notamment tout ce qui concerne le regroupement familial est un exercice à la fois vain et dangereux.
Vain, parce qu´aucun contrôle aux frontières, aucune règlementation ne peut mettre fin à des flux provoqués par des conditions de vie qui se dégradent dans les pays les moins développés. Un des problèmes est que les multinationales qui exploitent les ressources naturelles pour les profits de leurs actionnaires et celui de quelques privilégiés dans ces pays n´ont aucun intérêt au développement. Un autre est que les pays développés ne respectent pas leurs engagements en matière d´aide au développement. Sanctionner l´immigration irrégulière et en même temps ne rien faire pour l´enrayer dans le pays d´origine est donc de l´hypocrisie.
C´est dangereux aussi, dans la mesure où freiner l´arrivée des familles des travailleurs immigrés est au final un inhumain déni d´intégration. Plus rapidement arriveront les familles, plus facile sera l´intégration. Imaginez le regroupement de gens séparés depuis 5 ou 10 ans, les enfants qui grandissent et ne connaissent plus leur père, et un père qui a vécu sans famille tout ce temps! Emigrer est déjà difficile, j´en sais quelque chose, mais sans famille, c´est encore plus dur de s´intégrer.
Ajoutons à cela le fait que la droite a progressivement diminué les moyens des services d´accueil aux migrants, que les durcissements de politique accroissent le nombre de clandestins que l´on ne peut faire participer à des actions d´intégration, ajoutons la tolérance excessive pour les patrons, notamment du secteur du bâtiment, qui emploient beaucoup de clandestins pour leur plus grand profit, et j´ai honte de la France.
Le reste tient du gadget, parfois à la limite du racisme ou de la provocation: les tests de français (pourquoi pas des tests pour les français!), les tests ADN, inutile gadget inventé pour satisfaire les électeurs du Front National, etc...
En réalité, la politique dite de l´immigration est un nuage de fumée pour faire penser aux français que l´autre, l´étranger, est responsable de tout ce qui va mal, ce qui est bien pratique pour le gouvernement. Diaboliser l´étranger, le rendre responsable des problèmes, c´est vieux comme l´humanité.
Que pensez vous du système scolaire français à la lumière de nos et vos expériences extérieures ses points forts et ses faiblesses ? Le système des grandes écoles, un bon outil, y a-t-il d'autres alternatives, la carte scolaire doit-elle disparaître ?
Vu des pays nordiques, et notamment de Finlande, mon pays de prédilection (ma femme est finlandaise), le système scolaire français forme des étudiants de haut niveau, dont les qualités sont remarquées dans le reste de l´Europe. Les entreprises nordiques en sont friandes, ils sont de bon niveau et ont une culture générale étendue. Mon sentiment, par comparaison, est que notre système est dur pour ceux qui, pour différentes raisons (sociales, culturelles, physiques par exemple) sont en situation de faiblesse: nous mettons les jeunes trop facilement en échec, alors que nos enfants devraient tous être poussés pour réussir. Cela suppose des moyens supplémentaires, certes, au niveau du primaire notamment, mais surtout une façon de considérer différemment la scolarité, dont le but ne doit pas être de sélectionner les meilleurs. Le problème des grandes écoles est à ce titre marginal, et ce qui me frappe est l´indigence des moyens des universités: contrairement aux autres pays européens, nous dépensons plus pour les lycéens que pour les étudiants. La réforme de l´université passe par un effort. Quant à la carte scolaire, étant fils d´enseignants, je sais comment les privilégiés peuvent l´éviter... Le problème n´est pas la carte scolaire, là encore, mais que les moyens et les enseignants aillent dans les écoles dont les élèves ont le plus besoin de soutien.
Quelle réformes pour assurer la pérennité de notre système de retraite par répartition ; compte tenu du vieillissement de la population ?
Bien sûr, il faut réformer, et ne pas faire payer aux générations suivantes l´addition. Il faudra travailler plus ou gagner moins. Mais soyons équitables: les ouvriers vivent environ 7 ans de moins que les cadres, qui toucheront au total des sommes bien supérieures ... donc une modulation de l´effort en fonction des conditions de travail, de la pénibilité, me paraît le minimum. Je ne suis pas choqué qu´une catégorie qui a des conditions de travail difficile et vit 5 ans de moins que la moyenne parte à la retraite quelques années avant les autres. Il faut un travail préalable d´analyse plus sérieux, cela prend du temps, mais c´est une voie à explorer.
Au delà de notre condamnation largement justifiée du paquet fiscal Sarkozy, quel plan fiscal alternatif proposons-nous pour soutenir la croissance et réduire le poids de la dette publique.
Nos pays nordiques ont développé des écotaxes, pour diminuer la fiscalité traditionnelle, et notamment les taxes sur les produits, et j´y suis très favorable. Une autre tendance ici, y compris pour la droite, est de consentir des allègements fiscaux à ceux qui travaillent et ont un revenu moyen ou bas, au contraire de Sarkozy. Le résultat est bon pour la consommation, donc pour la croissance, bon pour l´incitation à la reprise du travail pour ceux qui sont au chômage, bon pour mettre fin au développement du nombre de travailleurs pauvres. Si la gauche revient au pouvoir, il faudra donc revenir sur les avantages fiscaux actuels, mais alléger ceux sur les bas salaires: de plus, sur un plan économique, les personnes les moins riches consomment au lieu d´épargner, ce qui est bon pour l´économie, et elles consomment moins de produits étrangers, ce qui est bon pour la balance commerciale... Ajoutons à cela qu´il faudrait taxer les stock options comme les autres revenus, et les inclure dans l´assiette des cotisations sociales. La moindre des choses...
Que devrait être la politique européenne du PS?
Le PS au pouvoir a toujours été trop timide sur l´Europe, qui ne me paraît pas l´avoir beaucoup intéressé, à l´exception de certaines individualités comme Moscovici. La France a pourtant encore du poids dans les négociations, avec des droits de vote importants, et une influence réelle. Le PS devrait faire comme les mouvements écologistes: investir l´Europe, et l´utiliser pour faire passer les idées sociales dans toutes les décisions. Il faut renforcer notre diplomatie dans tous les pays européens, pour nouer des alliances avec les pays et pousser nos pions, il faut aider les syndicats à faire du lobbying à Bruxelles, il faut développer les équipes de recherche françaises sur les sujets sociaux et les aider à s´impliquer dans les projets européens... alors que les gouvernements français de ces dernières années ont réduit notre réseau diplomatique européen. Ce n´est pa brillant.
Quel rôle pour l'Europe dans le monde et comment?
Sur le plan économique et social, l´Europe est le principal marché dans le monde, et elle a donc la possibilité de réellement peser pour la prise en compte des normes sociales et environnementales dans les négociations économiques internationales. Au lieu de quoi, ces négociations, qui sont menées chez nous sous la domination du ministère de l´économie et des finances, oublient l´environnement et le social. Triste, et la France en est complice.
Sur le plan politique, l´Europe est aussi un lieu privilégié de démocratie, et nous avons le devoir de la promouvoir. Dans ce domaine, nous avons déjà plus d´influence que ce que nous le disons (sur l´Iran par exemple). Mais les 10 ans qui viennent seront ceux de la progressive mise en place d´une politique étrangère européenne. Et j´espère que nos démocratie joueront une rôle stabilisateur, et que nous saurons continuer à promouvoir les droits de l´homme.
Accessoirement, dans de nombreux pays non européens, notamment les petits, j´espère que nous aurons des ambassades et des consultas européens...ce serait un beau symbole.
Comment envisagez-vous une meilleure représentation des Français de l'étranger ?
Comme dans toutes mes déclarations, je veux insister sur l´égalité de droits entre français de l´étranger et français de France. Nous devons donc obtenir un conseil général des français de l´étranger pour gérer nos écoles et notre système social notamment. Nous devons aussi bénéficier de la décentralisation. Bien entendu, je tiens à ce que le président Sarkozy tienne les promesses du candidat, et nous octroie une quinzaine de députés pour nous représenter.
Quelles doivent être les priorités de la politique étrangère française ?
La politique étrangère est un outil pour remodeler le monde tel que nous le voulons, nous socialistes, et non l´instrument des égoïsmes qui paient á court terme et nous condamnent à moyen terme. Etant socialiste, je considère que les déséquilibres du monde, et sa violence, viennent d´abord de la misère et de l´ignorance. Je désapprouve le creusement des inégalités entre riches et pauvres.
Les solutions sont connues, et je soutiens l´idée qu´il faut aider les pays pauvres en conduisant en partenariat avec eux une politique de co-développement équitable et solidaire. Je n´en attends pas des miracles immédiats, une telle politique prend du temps pour donner des résultats, mais cela me paraît être la seule méthode pour améliorer le monde. Aussi, les priorités de la politique étrangère me paraissent devoir être le développement, la santé et l’éducation.
Un second volet de cette politique étrangère française doit être la dénonciation des abus de droits, des entorses aux droits de l'Homme, des crimes de guerre, des meurtres politiques.
A cela, j´ajouterai le fait que la préparation de l´après pétrole est une priorité absolue, car des drames se préparent avec la raréfaction des ressources énergétiques, les catastrophes climatiques, sanitaires et sociales, et le conséquences prévisibles sur la sécurité du monde.
Enfin, tout ceci est vain si la France agit seule. L´Europe est en effet à mon avis le seul acteur qui puisse équilibrer les relations internationales dans le sens de la paix, et nous devrons nous associer avec nos partenaires européens pour développer notre politique en direction du sud.
La francophonie a-t-elle encore un sens dans un monde globalisé ?
Je ne suis pas un spécialiste de la francophonie. Je sais que la francophonie est un concept intéressant dans notre monde globalisé, elle fait intervenir des solidarités culturelles et des affinités dans un monde qui a tendance à ne reposer que sur des données économiques et des rapports de force. Le développement du français, qui est toujours une langue diplomatique et culturelle importante dans le monde, devrait ne pas être négligé, d´autant que de nombreux pays rejettent le modèle américain représenté par l´anglais. Il y a des opportunités, gâchées par une politique à courte vue : la francophonie est utilisée par les gouvernements comme un trompe-l´œil pour masquer l´indigence et la disparition progressive des crédits consacrés au rayonnement de la culture française et aux cours de langue gratuits. Dommage : on n´a jamais autant parlé de francophonie et aussi peu fait pour elle…
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Alain Lefebvre
Stockholm
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23:25 Publié dans Débats socialistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Alain Lefebvre, sénateur, élections, politique, socialiste


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